<p>Nous sommes le jeudi 11 juillet 2024. La veille de l'ouverture officielle du Village Olympique.</p>
<p>Pour la première fois, nous, les assistants des CNO (Comités Nationaux Olympiques), avons été invités à Saint-Denis pour recevoir nos instructions pour les semaines à venir. N'ayant pas encore essayé mon uniforme de volontaire, le porter est aussi une grande première. Je m'étais fermement promis de suivre un régime strict et un programme sportif intensif les semaines précédentes, mais le décès de mon père a balayé ces projets.</p>
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<p>Malgré tout, je rentre dans ma tenue de sport sans avoir à forcer. Je ne la trouve toujours pas très esthétique, et dans le train pour Paris, je me sens un peu mal à l'aise. Les Jeux Olympiques sont accueillis avec des sentiments mitigés à Paris, et je crains d'attirer trop l'attention ou de subir des remarques désobligeantes. Ces craintes s'avèrent infondées : dans le train comme dans le métro, je suis largement ignoré et je me fonds dans la masse. Mon seul souci vient de mon ticket, car le portillon du métro refuse obstinément de s'ouvrir. Stressé, je parcours le hall de la Gare de Lyon, renvoyé d'un guichet à l'autre, jusqu'à ce que quelqu'un finisse par m'imprimer un billet gratuit pour me permettre d'entrer. Dans le métro, j'aborde une dame qui porte le même uniforme que moi. Une Française nommée Béatrix, venant de Guadeloupe. Elle me raconte qu'elle est affectée au Maroc. Je suis un peu confus, car je ne connais toujours pas ma nation d'affectation. À l'aide de mon numéro et d'un tableau qu'elle a reçu la veille, comme presque tous les autres assistants CNO, elle identifie mon équipe. Les Bahamas. J'acquiesce poliment, persuadé qu'elle a dû se tromper tant cela me semble improbable. Nous descendons à Saint-Denis-Pleyel et nous nous retrouvons dans une station de métro immense mais déserte. Une autre dame nous rejoint, elle s'appelle Sabrina et vient de Turin. Ensemble, nous suivons Béatrix qui, ne connaissant pas non plus les lieux, a lancé Google Maps pour nous guider vers l'entrée du village. Nous sommes fouillés comme à l'aéroport, ce qui se passe sans encombre, et nous nous dirigeons vers la Cité du Cinéma. Cette fois, impossible de se perdre : il y a une personne à chaque coin de rue pour nous indiquer la direction. Devant l'entrée principale de la Cité du Cinéma, ornée des drapeaux des nations participantes, nous sommes autorisés à prendre une photo. C'est l'un des rares moments où cela nous sera permis.</p>
<p><img style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" src="/images/Bahamaland/cine.png" width="800" height="600" loading="lazy" data-path="local-images:/Bahamaland/cine.png"></p>
<p>Après avoir reçu une montre Swatch et une gourde Coca-Cola, nous nous rassemblons dans une grande salle de cinéma presque comble. Nous, les assistants CNO, formons le plus grand groupe de bénévoles : près de 900 personnes. Un peu plus de trois cents d'entre elles sont assises avec moi, les autres ayant suivi la même formation la veille ou le matin même. On nous propose de nous prendre en photo avec la torche olympique. Détestant les photos de moi-même, je décline poliment.</p>
<p><img class="float-end" src="/images/Bahamaland/swatch.png" width="144" height="217" loading="lazy" data-path="local-images:/Bahamaland/swatch.png">Sur l'écran défilent des images de la cérémonie de clôture des Jeux de Tokyo. Ce sont des images plutôt tristes, car les Jeux et les cérémonies avaient dû se tenir devant des tribunes vides à cause du Covid. Quelques bandes-annonces suivent et je me demande pourquoi je me suis tant dépêché d'arriver à l'heure. Mes gènes allemands me forcent toujours à la ponctualité, ce qui me punit par une attente prolongée puisque je suis toujours l'un des premiers. Heureusement, Sabrina est assise à côté de moi, et de l'autre côté, je fais la connaissance de Jonathan, originaire de Dublin, avec qui j'ai une conversation passionnante sur la réunification de l'Irlande et le Brexit. C'est pour moi un moment précieux que de recueillir le point de vue direct d'une personne concernée.</p>
<p>Enfin, la séance commence. Les responsables des NCS (National Committee Services) montent sur scène et tentent de nous motiver à coup de slogans comme « Vous êtes la crème de la crème » ou « Manifestez votre joie bruyamment », ce qui ne réussit que partiellement. Pour ma part, je reste discret et ne me lève que mollement quand on nous le demande. Si je n'étais pas motivé, je ne serais pas là. Suivent des informations sur le village, puis de longues instructions sur les règles de conduite. On nous rappelle que nous ne devons pas dépasser nos horaires de travail, même si les chefs des comités nationaux nous le demandent. On nous parle du port de l'uniforme (obligatoire), de l'interdiction d'accepter des cadeaux, etc. Quant aux tâches précises que nous aurons à accomplir, même les responsables l'ignorent. Cela dépendra des chefs de comités et se décidera souvent de manière spontanée. Le suspense reste entier.</p>
<p>Répartis en groupes de 30, nous effectuons une visite guidée du Village Olympique. On nous présente les lieux stratégiques pendant que les chauffeurs bénévoles des navettes électriques s'exercent à conduire leurs engins. On nous montre le bureau des NCS, les places principales, les zones de commerces, la poste du village et, nous dit-on, l'endroit par lequel l'alcool est introduit clandestinement dans le village. Nous voyons les espaces de détente des athlètes, la halle d'entraînement et les cantines où nous serons nous aussi restaurés une fois par jour, mais strictement séparés des athlètes. Les plats seront presque exclusivement régionaux et majoritairement vegans.</p>
<p>Nous terminons notre tour devant le bâtiment où nous devrons nous présenter chaque jour pour le rapport. J'en profite pour signaler que, comme d'autres, je n'ai pas reçu le mail de la veille. On me confirme alors officiellement que je suis affecté aux Bahamas. Entre-temps, je me suis fait à l'idée et je me réjouis de faire la connaissance des athlètes et de leur chef de mission. Les athlètes des Bahamas ne sont certainement pas moins professionnels que leurs collègues allemands. Ils sont simplement moins nombreux (18 au lieu de 400), ce qui rendra l'accompagnement plus serein. Alors, en route pour les Bahamas !</p>
<p>En quittant le village, on nous demande de faire établir une nouvelle carte d'accréditation. La raison n'est pas vraiment explicitée, mais je soupçonne que trop de cartes avec des codes-barres lisibles ont circulé sur les réseaux sociaux. Or, ces cartes donnent accès à tous les sites sportifs, au village, ainsi qu'aux centres de diffusion et de presse. Je dois avouer avoir moi-même publié ma carte au début, même si j'avais masqué le code-barres.</p>
<p>Aujourd'hui, j'ai commandé un pin's des Bahamas. Un investissement de 3 euros qui servira de "brise-glace". Oui, j'ai hâte de rencontrer l'équipe des Bahamas et j'attends avec impatience le 20 juillet, date à laquelle mon aventure olympique commencera enfin.</p>