• La liquidation géopolitique de Trump : comment les États-Unis perdent leur influence sur l'Europe

    Alors que l'accord de cessez-le-feu entre les États-Unis et l'Iran semble déjà s'effriter, le récent sommet en Arménie illustre une nouvelle fois l'échec de la politique étrangère de Trump. Du slogan « Making America Great Again », il ne reste plus grand-chose ; au lieu de cela, le président américain est en train de perdre son levier le plus important face à ses alliés européens.

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  • Le frein n° 1 de l'Europe appartient désormais au passé

    Peu après la défaite électorale de Viktor Orbán, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a appelé à mettre fin à l'unanimité obligatoire dans la politique étrangère de l'UE. Lors d'une conférence à Bruxelles le 13 avril, elle a exhorté les États membres à saisir l'occasion pour passer au principe de la majorité lors des votes.

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  • Extrême droite avérée.

    Ce fut comme une gifle lorsque la nouvelle est tombée dans la presse. Une annonce qui a ébranlé ma confiance dans l'État de droit en Allemagne. La décision du tribunal administratif de Munich de rejeter une demande de référé visant à annuler la décision du ministère bavarois de la Culture est décevante.

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Pete Hegseth, le secrétaire à la Défense des États-Unis – bien qu'il préfère se qualifier de secrétaire à la Guerre –, s'est rendu en Normandie pour participer au 82e anniversaire du Débarquement. Il a prononcé un discours au cimetière américain de Colleville-sur-Mer.

Selon le Pentagone, il avait emmené sa famille à ses propres frais et a ensuite fait l'impasse sur la cérémonie internationale principale, à laquelle participait le Premier ministre français Sébastien Lecornu. Quatre cents invités internationaux et représentants des nations alliées, dont les soldats ont débarqué sur ces plages il y a 82 ans, étaient présents. Son absence à la cérémonie n'a cependant pas été regrettée.

Dans le village de Langrune-sur-Mer, où se déroulait l'événement international, une association citoyenne locale nommée L’Ancre et la Mer avait déjà publié une déclaration intitulée « Pas d’honneur », exigeant l'annulation pure et simple de la visite de Hegseth et le déclarant persona non grata. Pete Hegseth, nouvelle preuve vivante qu'une mâchoire carrée ne suffit pas à faire un homme, s'est vu signifier par les habitants d'un village normand qu'il n'était pas le bienvenu aux commémorations de la libération de leur pays.

Quand la symbolique se heurte à la réalité politique

Et cette histoire ne parle pas de la visite d'un homme dans un cimetière ni de sa mâchoire. Elle montre ce qui se passe lorsque la relation symbolique entre les États-Unis et l'Europe, fondée sur des sacrifices partagés, des valeurs communes et le souvenir d'une guerre menée ensemble, se heurte à la réalité politique d'aujourd'hui.

Le pays qui a libéré la Normandie en 1944 retire désormais ses sous-marins de l'OTAN, mène une guerre non provoquée au Moyen-Orient et envoie son secrétaire à la Défense sur les plages mêmes où les troupes alliées sont mortes pour offrir la liberté aux Européens – uniquement pour donner à ces derniers une leçon sur l'immigration.

Le discours de Hegseth au cimetière américain n'avait rien d'une commémoration. C'était une allocution politique. Debout devant les tombes de soldats qui avaient combattu le fascisme, il a comparé l'immigration à une invasion. Il a déclaré :

« Malheureusement, aujourd'hui, différentes plages européennes sont prises d'assaut par différentes idéologies dangereuses. »

Il a exhorté l'Europe à contrer ce qu'il a qualifié d'invasion arrivant sur ses côtes.

Critiques envers le pays hôte et « Pas d’honneur »

Il s'est ensuite tourné vers les dépenses de défense, répétant l'argument habituel de l'administration selon lequel les alliés européens ne contribuent pas assez à leur propre sécurité. Selon plusieurs médias français, il a semblé lancer des piques dissimulées aux pays européens qui avaient refusé de participer à la guerre contre l'Iran. Il a profité des tombes des hommes tombés pour la libération de la France pour critiquer le pays même qui l'accueillait.

Les habitants n'ont pas retenu leurs réactions. Sylvi Lami, membre de L’Ancre et la Mer, a déclaré à BFM TV : « Il a des positions très bellicistes, et il nous semble que cet homme ne partage pas nos valeurs démocratiques. » Chantel Richard, un autre membre, est allée encore plus loin. Ce qui se passe avec l'administration Trump n'est pas un simple « retour aux affaires courantes ».

Le fait que Pete Hegseth remette en question toutes les organisations internationales issues de la Seconde Guerre mondiale n'est pas une mince affaire. Il faut le dire haut et fort. Il doit être mis face à ses responsabilités pour ce qu'il est et pour les valeurs qu'il représente – des valeurs coloniales, bellicistes, racistes et d'extrême droite. La déclaration publiée par l'association accuse Hegseth de tenir des propos anti-européens et affirme que sa présence à la cérémonie déshonore la mémoire des soldats enterrés en Normandie.

Cela marque un nouveau chapitre grand ouvert dans les relations entre l'Europe et l'Amérique. Ce n'est ni un sondage ni une étude, mais un village – l'un de ces villages mêmes où les soldats alliés ont réellement débarqué – qui signifie au secrétaire américain à la Défense qu'il n'est pas le bienvenu sur son sol.

Restrictions imposées à la population locale

Les mesures de sécurité entourant la visite de Hegseth en disent long elles aussi. Deux rues étaient fermées à la circulation dès le 5 juin. Le 6 juin lui-même, le stationnement était interdit dans plusieurs autres rues. Du milieu de la journée jusqu'à la réouverture des routes, aucun véhicule ne pouvait circuler dans l'ensemble de la commune, et les riverains n'ont pas pu assister à la cérémonie dans leur propre village.

Le maire adjoint a déclaré à France Info que des mesures de sécurité d'une telle ampleur n'auraient jamais existé il y a 30 ans. Il a dit espérer que les habitants sauraient mettre de côté les considérations politiques pour se concentrer sur les vétérans. Mais la politique n'a pu être occultée, Hegseth lui-même ayant politisé la cérémonie dès l'instant où il l'a utilisée pour prononcer un discours sur l'immigration et les dépenses de défense européennes, au lieu d'honorer les morts.

Le contre-modèle européen : L'autonomie stratégique

Le moment le plus marquant de la journée n'est pourtant pas venu de Pete Hegseth. Il est venu de la ministre française de la Défense, Catherine Vautrin, qui s'est exprimée lors de la cérémonie que Hegseth avait esquivée. Vautrin a saisi l'occasion pour réclamer une autonomie stratégique de l'Europe, affirmant que le continent devait se montrer à la hauteur du défi de notre génération et bâtir notre autonomie – notre capacité à nous défendre face à des menaces qui se rapprochent, s'intensifient et se multiplient. Elle n'a pas nommé les États-Unis, mais elle n'en avait pas besoin.

Le secrétaire américain à la Défense venait de quitter la Normandie après avoir comparé l'immigration à une invasion et fait la leçon à l'Europe sur ses budgets militaires. La réponse du côté français, livrée le même jour dans le même village devant le même public, a été : une Europe qui se défend elle-même, sans compter sur le pays dont le représentant venait de transformer un monument aux morts en meeting politique.

Le contraste : 1944 vs 2026

Le contraste entre 1944 and 2026 est l'histoire que personne au Pentagone ne raconte jamais :

  • À l'époque, en 1944 : 156 000 soldats alliés traversaient la Manche et prenaient d'assaut les plages de Normandie pour libérer l'Europe du fascisme. Les États-Unis dirigeaient l'opération. Des milliers de soldats américains sont morts sur ces plages. Leur sacrifice a donné naissance à l'alliance transatlantique qui a marqué les 80 années suivantes de la sécurité et de la paix en Europe.
  • En 2026 : Les États-Unis ont retiré tous leurs sous-marins de l'alliance. Ils ont supprimé un tiers de leurs avions de chasse. Ils ont stoppé le déploiement de missiles en Allemagne. Ils ont déclenché une guerre en Iran, propulsant le prix du baril de pétrole au-delà des 110 dollars. Ils ont imposé des droits de douane à leurs propres alliés. Ils ont menacé d'occuper le Groenland. Ils ont transmis les noms de responsables européens au Congrès. Et ils ont envoyé un homme qui se qualifie de secrétaire à la Guerre devant les tombes d'hommes qui s'étaient battus pour la paix, afin d'utiliser leur mémoire pour faire la leçon au continent pour la libération duquel ils sont morts.

Une rupture durable au sein de l'alliance

La population locale a parfaitement perçu la contradiction. Ils ont appelé cela « Pas d’honneur » – par sens de l'honneur. Honneur pour le village, honneur pour les morts, et l'honneur de dire ouvertement et publiquement que le pays qui a libéré la Normandie il y a 82 ans ne se comporte plus comme un libérateur. Et qu'un homme qui utilise le Jour J pour parler de vagues d'immigration et de budgets de défense ne mérite pas vraiment de se tenir là où des soldats sont tombés.

Quant à l'avenir, les prévisions indiquent que cet incident ne bénéficiera pas d'une attention significative dans les médias américains, probablement parce que le cycle médiatique américain est actuellement dominé par la guerre en Iran, la Coupe du monde de football et la campagne des élections de mi-mandat.

Mais on s'en souviendra en France. Cet épisode sera cité dans les débats européens sur la défense. Et il rejoindra l'archive grandissante de ces moments charnières. Le « Discours de Munich », le sommet de l'OTAN, la « Crise des missiles », les menaces contre le Groenland – autant de moments où l'Europe a regardé les États-Unis, s'est souvenue de ce qu'était leur relation autrefois, et en a conclu que ce qu'elle est devenue est quelque chose de totalement différent.

Pourtant, au-delà du rejet symbolique en Normandie, il existe aussi un rejet mesurable : déjà la moitié des Belges – le pays qui abrite le siège de l'OTAN – considèrent désormais les États-Unis comme une menace plus importante que la Chine.