Pourquoi de nombreuses institutions étudient Linux comme alternative à Windows
Imaginez que vous vous réveillez un matin et apprenez que de plus en plus d'administrations, d'entreprises et d'établissements publics à travers le monde remettent enfin en question l'utilisation de Microsoft Windows. Non pas par idéologie, mais en raison de préoccupations croissantes concernant la protection des données, la conformité et la dépendance numérique.
Il ne s'agit pas de logiciels illégaux, mais de versions officielles de Windows qui tournent sur des millions d'ordinateurs – peut-être même sur le vôtre. Les données actuelles montrent que depuis la fin du support de Windows 10 en octobre 2025, on note une augmentation sensible du nombre d'utilisateurs de Linux. En Suisse, la part de marché de Linux sur le bureau est passée de 1,8 % (2024) à 2,7 % (juin 2025), tandis que Windows chutait de 78,0 % à 73,5 % sur la même période. À l'échelle mondiale, la part de marché de Linux sur desktop se situe fin 2025 autour de 3 %, avec des pics dépassant les 5 % sur certains marchés comme les États-Unis. C'est surtout la mise à jour forcée vers Windows 11 et les craintes liées à la confidentialité qui poussent de nombreux utilisateurs vers Linux – particuliers comme entreprises. Ainsi, le nombre d'utilisateurs mensuels de la distribution Linux Bazzite est passé à lui seul de moins de 50 000 à environ 62 500 entre novembre et décembre 2025.
Windows 11 : Critiques, risques et scepticisme
Microsoft a mis fin au support de Windows 10 dès le 14 octobre 2025. Les organisations sont donc sous pression pour migrer vers Windows 11 ou étudier des alternatives.
- Obligation croissante de se connecter avec un compte Microsoft
- Fonctions étendues de télémétrie et de collecte de données
- Exigences matérielles plus élevées et performances parfois moindres sur les appareils plus anciens
C'est précisément dans des secteurs sensibles comme l'administration, l'éducation et la santé que ces points remettent les alternatives comme Linux au centre de l'attention.
Exemples internationaux de migrations vers Linux
Corée du Sud : Plus d'indépendance grâce à l'Open Source
En Corée du Sud, plusieurs organismes d'État misent déjà sur des systèmes basés sur Linux. On y utilise notamment Harmonica OS (basé sur Ubuntu) ainsi que Gooroom OS (basé sur Debian). L'objectif est de réduire la dépendance aux systèmes propriétaires et de renforcer le contrôle sur les infrastructures informatiques étatiques.
Brésil : La souveraineté numérique comme objectif d'État
Le Brésil poursuit depuis plusieurs années des programmes de souveraineté numérique. Les institutions publiques évaluent et utilisent des systèmes Linux pour devenir plus indépendantes des fournisseurs de logiciels étrangers et réduire les coûts et les dépendances à long terme.
Australie : Protection des données dans le secteur de la santé
Dans le secteur de la santé australien, des tests sur les versions modernes de Windows ont identifié des risques de protection des données et de conformité. Certains établissements étudient donc des alternatives basées sur Linux pour mieux protéger les données sensibles des patients.
Étude de cas en Europe : La migration Linux de la ville de Munich
Le passage des administrations munichoises de Windows à Linux, puis le retour inverse, est l'une des histoires informatiques les plus célèbres et les plus controversées du secteur public :
1. Le passage de Windows à Linux (Projet LiMux)
2004–2013 : La ville de Munich décide de migrer ses 15 000 PC administratifs vers le système d'exploitation libre Linux (LiMux) afin de devenir indépendante de Microsoft et de réaliser des économies. En 2013, environ 80 % des postes étaient sous Linux. Le projet était considéré mondialement comme une vitrine pour l'Open Source dans les administrations publiques. Des problèmes techniques et organisationnels ont surgi, notamment concernant la compatibilité des formats de fichiers avec d'autres administrations restées sous produits Microsoft. La maintenance parallèle des systèmes Linux et Windows s'est avérée complexe et coûteuse.
2. Le retour à Windows
2017 : Le conseil municipal de Munich décide de revenir à Windows 10. Les raisons invoquées comprenaient le manque de compatibilité avec les autres administrations, l'absence de certains logiciels métiers pour Linux et le souhait d'un standard uniforme conforme au marché. La transition devait être achevée d'ici 2020. Critique : Beaucoup ont vu dans ce retour à Windows une régression, car le projet LiMux, bien que coûteux, était une réussite technique. La décision a également été perçue comme politiquement motivée par la nouvelle coalition (SPD/CSU).
3. Évolution actuelle (à partir de 2024/2025)
Nouvelles initiatives Open Source : Depuis 2024, Munich mise à nouveau plus fortement sur l'Open Source et a créé un "Open Source Program Office". La ville souligne que « là où cela est techniquement et financièrement possible », les standards ouverts et les logiciels libres doivent être privilégiés. Il ne s'agit pas d'un retour à LiMux, mais d'une réorientation stratégique axée sur l'interopérabilité et la souveraineté numérique.
Conclusion Le cycle Munichois Linux-Windows-Linux montre la complexité des migrations informatiques dans les grandes organisations – surtout lorsqu'il s'agit de compatibilité, de logiciels spécialisés et de contextes politiques. Si le premier passage à Linux fut un acte de pionnier, le retour à Windows a engendré un vaste débat sur l'avenir de l'Open Source dans les administrations. Actuellement, Munich semble chercher une voie médiane, alliant standards ouverts et exigences pratiques. Bon à savoir : D'autres villes et administrations européennes (ex : la Gendarmerie française ou certaines régions espagnoles) utilisent Linux avec succès – souvent avec moins de problèmes de compatibilité car elles ont misé dès le départ sur l'interopérabilité.
Pourquoi les organisations remettent de plus en plus Windows en question
Les raisons de ce doute croissant envers Windows se situent principalement dans trois domaines :
- Protection des données et conformité : Particulièrement sous l'égide du RGPD, les flux de données doivent être transparents et contrôlables.
- Souveraineté numérique : Le contrôle propre sur les logiciels et l'infrastructure gagne en importance géopolitique.
- Flexibilité et adaptabilité : Les systèmes Open Source peuvent être adaptés spécifiquement aux besoins organisationnels.
Conclusion
Il n'existe nulle part d'interdiction de Windows 11. Néanmoins, de nombreux exemples montrent que les administrations et les entreprises du monde entier étudient des alternatives ou ont déjà migré. Linux y joue un rôle central.
Pour les utilisateurs et les organisations, cela signifie que la question du contrôle, de la protection des données et de la dépendance à long terme vis-à-vis des fournisseurs de logiciels devient de plus en plus pertinente. Le choix du système d'exploitation n'est plus depuis longtemps une décision purement technique.


