La Cour suprême des États-Unis a déclaré illégaux les tarifs douaniers imposés par Trump. Mais alors que nous nous frottions les mains avec une certaine Schadenfreude, l'ampleur de la décision commence à apparaître. Le gouvernement dilettante des États-Unis enchaîne les gaffes avec une précision remarquable, célébrant au passage sa propre incompétence.
Lors d'un dîner entre amis, un banquier a attiré mon attention sur un détail qui m'avait échappé, malgré ma formation de commercial en commerce de gros et extérieur.
Trump a demandé une suspension du traitement des remboursements tarifaires. La cour a refusé. Conséquence : les entreprises européennes et canadiennes vont récupérer les droits de douane – intérêts inclus – après avoir déjà répercuté ces coûts supplémentaires sur le prix final payé par les consommateurs américains.
Il est vrai que nous, Européens, n'avons qu'à nous frotter les mains. Les grands groupes exportant vers les États-Unis seront intégralement indemnisés, tandis que les consommateurs américains, qui ont réellement supporté les coûts, repartent les mains vides.
La Cour d'appel des États-Unis pour le circuit fédéral a rejeté la demande de l'administration Trump visant à retarder les procédures de remboursement. Le ministère de la Justice de Trump avait sollicité un délai de rétention de 90 jours, mais le tribunal a refusé. L'affaire a été immédiatement renvoyée devant la Cour de commerce international des États-Unis pour que les remboursements soient traités.
Il ne s'agit pas seulement d'une défaite judiciaire pour Trump. Il s'agit de savoir qui gagne et qui perd lorsqu'une politique économique illégale est annulée. Les entreprises européennes et canadiennes qui ont payé les taxes de Trump récupèrent leur argent. Les consommateurs américains, qui ont payé des prix plus élevés à cause de ces taxes et ont ainsi subi l'inflation, ne reçoivent rien.
La Cour suprême a déclaré illégaux les tarifs mondiaux imposés en vertu de la loi sur les pouvoirs économiques d'urgence (IEEPA). À la mi-décembre 2025, le gouvernement avait déjà perçu plus de 130 milliards de dollars grâce à ces taxes. Le montant total des remboursements pourrait finalement atteindre 175 milliards de dollars. Cet argent n'est pas tombé du ciel. Les entreprises exportatrices, dont de nombreuses firmes européennes, ont payé ces droits lors de l'importation des marchandises. Naturellement, ces entreprises ont répercuté une partie de ces coûts sur les consommateurs via des hausses de prix. C'est le consommateur final américain qui a porté le poids de cette inflation.
Plus de 2 000 recours en remboursement ont déjà été déposés devant les tribunaux fédéraux américains. Parmi les plaignants figurent FedEx, Costco et Revlon, ainsi que de nombreuses entreprises européennes et canadiennes. Ces entreprises récupéreront les taxes payées, assorties d'intérêts. Des avocats représentant les petites entreprises ont souligné que des représentants de l'administration avaient déclaré à plusieurs reprises que les taxes seraient remboursées avec intérêts en cas d'annulation.
Les entreprises européennes doivent-elles reverser ces sommes à leurs clients américains ? Bien sûr que non. Aucun mécanisme ne le permet. L'inflation a déjà eu lieu, les consommateurs ont payé, les dollars se sont envolés.
Un exemple pour clarifier : une entreprise européenne paie 10 millions de dollars de droits de douane et répercute ce coût sur les consommateurs américains par une hausse des prix. La Cour suprême des États-Unis déclare ces taxes illégales. L'entreprise récupère ses 10 millions plus les intérêts. Les consommateurs, eux, ne touchent rien.

L'administration Trump se retrouve maintenant avec un problème de financement d'environ 175 milliards de dollars. Et comment un Trump maladroit résout-il un problème de financement ? C'est évident : par de nouvelles taxes. Après l'annulation de ses tarifs spécifiques par pays, Trump a imposé une nouvelle taxe à l'importation de 10 % sur une autre base juridique, menaçant de la porter à 15 %. 👍
Le consommateur américain est donc frappé deux fois : d'abord par l'inflation causée par les premières taxes, puis par des prix plus élevés dus aux nouvelles taxes instaurées pour financer les remboursements. Les entreprises européennes et canadiennes bénéficient d'une aubaine inattendue : elles ont payé des taxes, répercuté les coûts sur les clients US, et récupèrent maintenant les paiements plus les intérêts. Le capital, temporairement immobilisé par les douanes, revient avec un bonus. Le consommateur américain, lui, a perdu son pouvoir d'achat de façon permanente.
Que va-t-il se passer ? Je pense que les entreprises européennes et canadiennes recevront des remboursements substantiels au cours des 12 à 18 prochains mois, tandis que les consommateurs américains subiront probablement une nouvelle vague d'inflation. Le fossé entre la récupération des entreprises et les pertes des consommateurs ne fera que s'élargir.
En Europe, nous devrions en tirer une leçon : la politique commerciale américaine est instable, juridiquement fragile et coûteuse. Il vaut mieux bâtir des relations commerciales avec des partenaires qui ne nécessitent pas des années de litiges pour annuler des mesures illégales. Voici à quoi ressemble l'échec d'une politique : ceux qui ont supporté les coûts ne sont pas indemnisés ; les entreprises qui ont répercuté les coûts le sont ; le gouvernement qui a causé le problème crée de nouveaux coûts pour financer les remboursements, et la crédibilité économique de la politique commerciale américaine subit un nouveau coup dur.


