Peu après la défaite électorale de Viktor Orbán, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a appelé à mettre fin à l'unanimité obligatoire dans la politique étrangère de l'UE. Lors d'une conférence à Bruxelles le 13 avril, elle a exhorté les États membres à saisir l'occasion pour passer au principe de la majorité lors des votes.

L'UE souhaite abandonner le modèle où un seul pays peut bloquer les 26 autres pendant des mois, au profit d'un système où l'accord de 15 pays suffit pour valider une décision rapidement. Si cette réforme aboutit, elle représentera un véritable gamechanger géopolitique. Les conséquences seraient des décisions plus rapides, une politique étrangère unifiée et une vulnérabilité réduite face au chantage de certains membres.

Le problème majeur de l'UE

Actuellement, les décisions de l'UE concernant la politique étrangère, les sanctions ou l'élargissement requièrent l'unanimité des 27 États membres. Un seul pays peut paralyser tous les autres.

Entre 2016 et 2022, les États membres ont utilisé leur veto au moins 30 fois lors de décisions de politique étrangère et de sécurité – et il ne s'agit là que des cas documentés publiquement. Les vetos informels et les accords de couloir augmentent probablement ce chiffre de manière significative.

La Hongrie a elle seule a posé 19 des 46 vetos de l'UE entre 2011 et 2025 – soit plus du double du pays suivant sur la liste.

Orbán a notamment bloqué :

  • le prêt de 90 milliards d'euros à l'Ukraine
  • le 20e paquet de sanctions contre la Russie
  • l'accélération des négociations d'adhésion de l'Ukraine à l'UE
  • ainsi que régulièrement des discussions internes de l'UE en transmettant des informations à Moscou

Pendant plus d'un an, l'UE n'a pas pu s'entendre sur une déclaration commune de soutien à l'Ukraine en raison du refus d'Orbán.

Le veto comme moyen de pression politique

L'utilisation du veto est devenue de plus en plus un levier politique pour atteindre des objectifs sans rapport avec le sujet traité :

  • Déblocage de fonds européens
  • Mobilisation des électeurs au niveau national
  • Obtention de concessions sans lien avec la décision initiale

La proposition : Majorité qualifiée

La proposition de von der Leyen vise à passer à la majorité qualifiée (Qualified Majority Voting, QMV).

Il suffirait alors que 15 États membres donnent leur accord – à condition qu'ils représentent 65 % de la population de l'UE.

La clause passerelle

Le mécanisme existe déjà : il s'agit de la clause passerelle, introduite en 2009. Elle permet à l'UE de modifier les règles de vote sans avoir à réécrire entièrement les traités.

Le hic : ici aussi, l'unanimité est requise. Les 27 États doivent être d'accord pour supprimer l'obligation d'unanimité.

C'est pourquoi cette clause n'a jamais été utilisée jusqu'à présent – bloquée pour la dernière fois par un veto d'Orbán en 2018.

Nouvelle donne politique

Avec le changement de pouvoir en Hongrie, la situation pourrait évoluer. Péter Magyar a remporté les élections de manière claire et a annoncé vouloir ramener la Hongrie au sein de la famille européenne.

Tout comme von der Leyen, il appartient à la famille politique des chrétiens-démocrates. Sa troisième visite à l'étranger sera consacrée à Bruxelles.

Von der Leyen a réagi rapidement à cette nouvelle donne. Son choix de mots (« momentum ») souligne l'urgence – la fenêtre de tir pourrait se refermer rapidement.

Pourquoi la QMV changerait la donne

Le prêt de 90 milliards d'euros à l'Ukraine, bloqué depuis décembre 2025, pourrait être débloqué rapidement dès que le veto sera levé et que la QMV sera appliquée.

De même, les paquets de sanctions contre la Russie, qui prenaient jusqu'ici des mois, pourraient être adoptés en quelques jours – sans concessions politiques aux bloqueurs.

Par le passé, certains États ont déjà bloqué des déclarations de l'UE :

  • La Grèce et la Hongrie ont empêché des prises de position sur la Chine en 2017 et 2021

Sous le régime de la QMV, de tels blocages pourraient être surmontés si suffisamment d'États sont d'accord.

Un soutien croissant

Un groupe de soutien à l'extension de la QMV comprend déjà 12 États membres, dont :

  • L'Allemagne
  • La France
  • L'Italie
  • La Belgique
  • Le Luxembourg
  • Les Pays-Bas
  • La Roumanie
  • La Slovénie
  • L'Espagne

Ce groupe n'est donc pas loin du seuil nécessaire de 15 États.

Le départ d'Orbán pourrait modifier de manière décisive le calcul politique des pays encore indécis.